LA MALADIE DE DUPUYTREN

De quoi s’agit-il ?

La maladie décrite par Dupuytren est due à une modification de la couche fibreuse de la paume et des doigts.

Elle s’observe chez des personnes souffrant de maladies pouvant favoriser son apparition (diabète, maladies pulmonaires). Il existe également des familles dans lesquelles la maladie est transmise de façon héréditaire.

La maladie de Dupuytren se manifeste par la formation de nodules et de brides situées dans et à la face palmaire des doigts. Dans certains cas, la maladie reste stable pendant des années sans rétraction. Le plus souvent cependant, les propriétés rétractiles de la maladie se traduisent par une flexion progressive des doigts. Cette évolution peut se faire en quelques mois ou prendre des années. Tous les doigts peuvent être atteints mais ce sont l’annulaire et l’auriculaire qui sont le plus fréquemment touchés.


Une forme avancée de Maladie de Dupuytren


Comment peut-on la traiter ?

Aucun traitement médical ou physique ne s’est révélé efficace à ce jour. En fait, seul le traitement chirurgical peut amener la guérison.

La maladie de Dupuytren doit être opérée au moment où celle-ci devient gênante pour les activités du patient. L’indication est en principe posée dès l’instant où celui-ci ne peut plus poser sa main à plat en raison de la rétraction des doigts.

Comment l’opération se déroule-t-elle ?

Dans les cas bénins où la maladie de Dupuytren est peu avancée ou/et que le patient est en bon état général, l’opération peut se dérouler ambulatoirement.

Si la maladie est à un stade tardif ou/et que le patient souffre d’une maladie chronique, il est préférable, pour des raisons de sécurité et de confort, d’intervenir en milieu hospitalier.

L’opération se déroule habituellement sous anesthésie loco-régionale (du bras). Toutefois, dans certaines circonstances, celle-ci peut se pratiquer sous narcose (anesthésie générale)

Si le patient est ambulatoire, il est accueilli à la salle d’opération par l’aide qui vous prépare sa main (poils rasés, ongles coupés, peau nettoyée). En cas d’hospitalisation, celle-ci est préparée la veille dans le service par l’infirmière.

Le patient est ensuite installé dans un lit où l’anesthésiste endort son bras. Enfin, on l’allonge sur la table d’opération et le membre supérieur est placé sur une planche (guitare). Un garrot est placé au bras et gonflé pour la durée de l’intervention. Enfin, le chirurgien désinfecte le membre supérieur et installe les champs opératoires.

Du point de vue technique, si le patient est âgé ou en état général déficient, l’opération consiste en la simple section des brides (aponévrotomie). La durée de l’intervention est alors de moins d’une heure.

Si le patient est jeune et/ou en bon état général, on procède en principe à une excision radicale des nodules et/ou des brides (aponévrectomie).

Lorsque la peau est atteinte par la maladie, celle-ci doit être excisée et parfois remplacée par de la peau saine (greffe ou lambeau). La durée de l’intervention peut alors se prolonger durant 2 ou 3 heures.

A la fin de l’opération, la main est immobilisée dans un pansement plâtré rembourré.


Traitement Chirurgical par aponevrectomie et plasties cutanées en "Z"

En quoi consistent les soins post-opératoires ?



En cas d’hospitalisation, la main est surélevée dans le pansement pendant 48 heures. Cette position permet de lutter à la fois contre la tuméfaction et la douleur.

Le pansement est refait le surlendemain de l’intervention. Si celle-ci est désenflée, on réalise un pansement limité permettant la reprise de la mobilisation des doigts. Le patient est alors autorisé à regagner son domicile.

Si celui-ci est ambulatoire, après l’intervention, il regagne son lit en salle de réveil où l’infirmière-anesthésiste veille à son bien-être. Si tout se passe normalement durant les 2 heures de surveillance, celui-ci quitte le service muni d’un certificat médical, d’un rendez-vous et d’une prescription avec les recommandations d’usage. Le patient doit alors veiller à maintenir lui-même sa main en surélévation jusqu’au prochain pansement.

Au 4ème-5ème jour, l’attelle plâtrée est retirée et le pansement refait. Sauf exception, la mobilisation des doigts est alors encouragée. Une attelle en extension digitale est la plupart du temps confectionnée.


Attelle typique d'immobilisation post-chirurgie de Dupuytren (Ici le pouce est immobilisé en ouverture commissurale car une bride de la première commissure a été opérée)

Les fils de la peau sont enlevés le 15ème jour post-opératoire. Si dès cet instant on constate une difficulté à la mobilisation des doigts, des séances de rééducation et un appareillage sont prescrits.



Quels sont les risques d’une telle intervention ?



Comme toute opération, la chirurgie de la maladie de Dupuytren comporte des risques généraux (hématome, infection).

Dans les cas avancés, la dissection des structures est souvent difficile et il peut arriver que le chirurgien sectionne accidentellement un nerf d’un doigt. Dans un tel cas, même si le chirurgien répare le nerf immédiatement, la sensibilité ne sera jamais tout à fait normale et le doigt peut rester gênant.

Lorsque la maladie de Dupuytren se manifeste sur un terrain défavorable (maladie chronique), le patient est particulièrement exposé à développer une réaction du membre supérieur associant tuméfaction et raideur douloureuse (algodystrophie ou syndrome de Südeck).



Quel est le pronostic de ce traitement ?



Lorsque la maladie de Dupuytren est opérée suffisamment tôt alors que la rétraction n’est pas trop accentuée, l’opération permet de récupérer l’extension complète des doigts. Lorsque la maladie est déjà avancée et que la rétraction est importante, le pronostic fonctionnel reste réservé.

Le pronostic est également défavorable lorsque la maladie se manifeste chez la femme, chez l’homme jeune ou chez les patients sujets à une transmission héréditaire, en raison des fréquentes récidives.

Dans les cas bénins, le temps de récupération de la fonction de la main pour l’usage courant est habituellement de 3 à 4 semaines. Pour un travailleur de force, il est de 6 à 8 semaines.

Dans les cas plus complexes, la récupération est plus lente, le plus souvent au prix de séances de rééducation associées à un appareillage. Pour l’usage courant, il peut être estimé à 2 ou 3 mois, et pour l’usage de la main en force de 4 à 6 mois.