La MAIN Brûlée
au stade Aigu


Introduction : La prise en charge de la main brûlée est avant tout multidisciplinaire. Elle inclut médecins, chirurgiens plasticiens, infirmières, kinésithérapeutes et ergothérapeutes. L’objectif du traitement est non seulement de préserver ou de rétablir l’intégrité de l’organe tégumentaire, mais également d’assurer le maintien de la mobilité de segments digitaux sensibles
et non douloureux.

Au stade aigu et dans un cadre pratique, deux situations se distinguent.

1 : La main brûlée isolée.

Le patient ne voit ici nullement son pronostic vital engagé, la surface
brûlée ne dépasse pas les 2 à 2,5% de surface corporelle. Il pourra ainsi
s’impliquer totalement dans des soins quotidiens.

2° La main brûlée dans le cadre d’une brûlure grave.

Ici le pronostic vital est au premier plan. La main n’est ici qu’un des problèmes à résoudre. Exposé à des problèmes généraux de couverture cutanée, de nursing délicat, le patient sédaté voire inconscient le plus souvent, voit le pronostic fonctionnel de sa main dépendre entièrement de l’attention pluriquotidienne de l’équipe thérapeutique. Ici plus encore que chez le patient conscient, les règles propres à la prise en charge de ces mains brûlées ne sauraient souffrir d’une quelconque négligence. La main vit dans le mouvement elle doit bouger. Il faut ici panser la main brûlée et penser dans la durée, ne pas oublier que l’avenir fonctionnel de cette main brûlée conditionne en grande partie la réinsertion tant relationnelle que professionnelle du patient.


1- La prise en charge de la main brûlée isolée.

brulure2emedegré
Brulure Deuxième Degrés de la Main et de l'Avant Bras


Avant toute chose, la priorité est à la survie digitale !
L’examen clinique initial doit rechercher toute brûlure circulaire entraînant un effet garrot, laquelle doit faire envisager en urgence des incisions de décharge.

Quelle soit de premier, de deuxième degrés superficiel, la brûlure de la main n’exposera en principe aucun élément « noble » sous-jacent. La cicatrisation dirigée permettra en règle d’assurer la restauration de l’intégrité du recouvrement cutané, en au plus 21 jours, classiquement pour les deuxièmes degrés superficiels et intermédiaires. Les soins locaux doivent permettre dés les premiers jours la mobilisation passive et active des segments digitaux. La rééducation est entreprise sans attendre l’épidermisation cutanée. Si la douleur reste vive et demeure un obstacle à la mobilisation, celle-ci peut être réalisée dans un gant rempli de sulfadiazine (Flamazine) et en milieu hospitalier, aidée par inhalation de protoxyde d’azote (Kalinox).

Il est de tout première importance de préserver les espaces inter- digitaux, et notamment la souplesse et l’ampleur de la première commissure indispensable à l’opposition du pouce et donc à la pince pollici-digitale. L’appareillage de repos, réalisé sur-mesure. Il doit veiller à placer la main en position d’étirement cutané maximum (en position intrinsèque plus pour les brûlures de la face dorsale de la main) afin de minimiser au mieux les conséquences des éventuelles rétraction cicatricielles..

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Matériel pour la réfection de pansement de brûlure.


Pour les brûlures profondes (deuxième profond et troisième degrés), la restauration de l’intégrité tégumentaire nécessite une prise en charge chirurgicale. L’excision précoce (dans les dix premiers jours), amène à envisager une greffe dermo-épidermique ou de peau totale, moinssujette à la rétraction, dans les commissures. Les greffes de peau mince seront toujours en peau pleine afin d’en minimiser la rançon cicatricielle.


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Greffe de peau mince. Résultat post-opératoire et à 1 an.


Si nécessaire, la couverture des éléments tendineux ou vasculo-nerveux peut aboutir à la réalisation de lambeaux locaux-régionaux. Ceux ci restent habituellement envisageables pour une main brûlée isolée. La couverture de la face dorsale de la main est une indication du lambeau septo-cutané inter-
osseux dorsal rétrograde, à pédicule distal. Celui ci peut permettre la couverture de vastes pertes de substances remontant jusqu’à l’inter- phalangienne proximale.

Les autres lambeaux tel que le lambeau antébrachial dit « chinois » rétrograde, d’excellente fiabilité en sacrifiant toutefois un axe vasculaire majeur, reste une alternative possible pour la couverture de vastes pertes de substances distales. Rappelons ici l’importance du test d’Allen pré-
opératoire, afin de vérifier la perméabilité des axes vasculaires radiaux et cubitaux.

Pour les plus petites pertes de substances digitales, la greffe de peau totale peut être envisagée si le périmysium tendineux est respecté. A défaut la palette des lambeaux dorso-commissuraux, inter-métacarpiens, ou plus simple d’avancement de type Hueston permettent de s’adapter à chaque cas.

Une fois la main couverte, la mobilisation peut-être envisagée selon les même principes qu’évoqués ci-dessus.


2.- La prise en charge de la Main brûlée chez le brûlé grave

Chez le patient brûlé grave, les possibilités de couverture loco-régionale sont parfois excessivement réduites voir n’existent pratiquement pas. La survie de la main et des doigts doit toujours faire rechercher la nécessité éventuelle de réaliser en urgence une incision de décharge sur une lésion circulaire profonde. En cas d’ischémie avancée, de carbonisation définitive de segment digitaux, l’amputation reste nécessaire. Celle ci doit être la plus économe possible, la préservation d’une pince fonctionnelle pollici-digitale devant être une préoccupation de chaque instant. Une fois le patient conditionné sur le plan général, à défaut de pouvoir être mobilisée, la main est immobilisée par embrochage axial pré-tendineux, en position intrinsèque plus, MP à 90° et IPP en extension.. Cette position évite la rétraction de l’appareil capsulo-ligamentaire . La gestion de la couverture locale peut faire appel, après excision, aux lambeaux régionaux de type Colson, en empochant la main soit au niveau de la face externe du bras contro-latéral soit au niveau abdominal. La libération de la main est envisagée entre quatre et six semaines, avec souvent plusieurs geste itératifs de désyndactylisation. La rééducation fonctionnelle n’est doncdébutée qu’au plus tôt, une fois la main libérée de son empochement et de l’embrochage articulaire. Le travail est essentiellement passif pur en attendant la collaboration active du patient.


3. Conclusion

Lors de la prise en charge dans des services spécialisés incluant médecins, chirurgiens plasticiens, infirmières, kinésithérapeutes et ergothérapeutes, l’objectif du traitement de la main brûlée est non seulement de préserver ou de rétablir l’intégrité de l’organe tégumentaire, mais également d’assurer le maintien de la mobilité de segments digitaux sensibles et non douloureux.
Pour les brûlures superficielles et isolées de la main, le pronostic fonctionnel est habituellement favorable, à condition que la mobilisation ait été entreprise dés les premiers jours.

Pour les brûlés grave, les indices de pronostic ne doivent pas altérer l’attention nécessaire à la prise en charge de la main du brûlé, car au-delà des séquelles psychiques et physiques inhérentes au traumatisme initial, la main reste et restera l’instrument nécessaire au retour à l’autonomie de ces patients mutilés.



Rédigé par Dr Philippe PRADEL


Source : "48ème Congrès de la Société de Chirurgie Plastique Réparatrice et Esthétique, 26-28 Novembre 2003, Paris

La rééducation de la main brûlée
F.Moutet, D.Corcella, F.Belfkira, A.Forli, Ph.Pradel, X.Martinet."