SOMMAIRE
LES LESIONS DE L’APPAREIL FLECHISSEUR
LES LESIONS DE L’APPAREIL EXTENSEUR.
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LES LESIONS DE L’APPAREIL FLECHISSEUR
I.
INTRODUCTION
Les lésions des tendons fléchisseurs sont fréquentes et exigeantes
sur le plan chirurgical. Ces lésions représentent un problème
difficile de chirurgie de la main. La nature même de la structure
tendineuse combinée aux impératifs anatomiques et mécaniques très
contraignants dans leur trajet rendent cette chirurgie
délicate.
Mécanisme de section de l'appareil fléchisseur au doigt. (Schéma
issu de la Main Traumatique , G DAUTEL et M. MERLE)
Les plaies des tendons fléchisseurs doivent être considérées comme
de véritables urgences. Elles sont fréquemment associées à des
lésions vasculo-nerveuses.
Les plaies franches, ayant bénéficiées d’une prise en charge
adaptée, procurent des résultats fonctionnels compatibles avec une
reprise de travail vers la fin du 3° mois post-opératoire. En
revanche, l’échec d’une réparation primaire entraîne le blessé dans
une incapacité de longue durée variant de 6 mois à un an, et
nécessitant de multiples reprises chirurgicales pouvant aller
jusqu’à l’amputation. Cet enjeu fonctionnel et ses incidences
socio-économiques imposent que cette chirurgie soit confiée à des
chirurgiens habitués à sa pratique. Cependant, malgré les progrès
de la microchirurgie et les connaissances concernant la
cicatrisation, les résultats de certaines localisations restent
encore décevants dans un certain nombre de cas.
II. Caracteristiques
Générales
La connaissance de l’anatomie des fléchisseurs conduit à définir
des zones topographiques (IFSSH)qui modifient sensiblement la
thérapeutique selon le niveau lésionnel.
- Zone 1 en aval de l’insertion du FCS
- Zone 2 ou « no man’s land »
- Zone 3 avec insertion des lombricaux
- Zone 4 zone du canal carpien
- Zone 5 au niveau de la jonction musculotendineuse
Pour le pouce : zone T1 à T5
Topographie des lésions de l'appareil fléchisseur (Classification
IFSSH, Schéma issu de la Main Traumatique , G DAUTEL et M.
MERLE)
La nutrition des tendons fléchisseurs est réalisée par un double
système :
- Vascularisation directe soit à partir des insertions, soit par
des vaisseaux cheminant au niveau de l’épitendon, soit grâce aux
vincula dans le canal digital.
- Pompe synoviale, surtout au niveau de la zone antérieure qui est
avasculaire.
La cicatrisation tendineuse représente un mécanisme complexe avec
une cicatrisation extrinsèque par les fibroblastes à l’origine
d’adhérences et une cicatrisation intrinsèque.
Les principes généraux de la réparation des fléchisseurs.
La suture doit être solide, mais discrète afin de ne pas interférer
avec le glissement tendineux.
Les adhérences sont nécessaires à la cicatrisation, mais sont aussi
un obstacle à la mobilité. La mobilisation active précoce doit être
privilégier lors du choix des techniques de prise en charge.
Les poulies ont un rôle mécanique indispensable et doivent être
conservées ou reconstruites, en particulier importance fondamentale
de A2 et A4.
Le risque de rupture secondaire justifie la protection de toutes
les sutures.
La rééducation fait partie intégrante du traitement et doit être
suivie, par le patient, avec conscience et tenacité jusqu’à
récupération d’amplitudes fonctionnelles.
III. LESIONS DE
L’APPAREIL FLECHISSEUR
1. Mécanisme
lésionnel
L’interrogatoire est indispensable et permet de préciser le type
d’agent vulnérant, le degré de contamination, de différencier les
plaies franches des plaies contuses.
Cas particulier du jersey finger.
2. Diagnostic
clinique
Le bilan clinique permet de faire le diagnostic des lésions
complètes des fléchisseurs.
Il comporte :
- La sollicitation active à la recherche d’un déficit de flexion,
mobilisation analytique mettant en jeu de façon séparer le FCS et
le FCP.
- L’effet ténodèse
- Observation de la cascade physiologique des doigts longs au
repos
- Pression au niveau des masses musculaires à l’avant-bras.
Il recherche les lésions associées, en particulier nerveuses et /ou
osseuses.
Attention, l’examen clinique ne permet pas d’éliminer une lésion
partielle, c’est pourquoi l’exploration de toutes plaies de la main
est indispensable.
III Méthodes de
traitement
La réparation chirurgicale doit être réalisée par des chirurgiens
possédant une bonne connaissance de l’anatomie de la main, habitués
à la chirurgie méticuleuse et maîtrisant les techniques
microchirurgicales.
La réparation est variable selon le niveau lésionnel .
v Zone 1 : Elle correspond aux lésions isolées du FCP. Elles sont
traitées selon la technique de Kleinert : rappel élastique
permettant une extension active et une flexion passive du doigt
sous couvert d’une attelle en flexion du poignet et des MP
-semaines
ou selon la technique de Mantero-Brunelli : suture appuyée
permettant une mobilisation active sous couvert d’une attelle en
flexion du poignet et des doigts 6 semaines.
v Zone 2 : elle correspond à la zone du canal digital. Difficulté
de suture liée au manque d’espace, à la nécessité du respect des
poulies, à la suture de deux tendons distincts. La technique
utilisée est celle de Kleinert.
v Zone 3 : zone de section à la paume, de bon pronostic. Technique
de Kleinert ou simple mise en flexion du poignet un mois et
mobilisation active sans résistance.
v Zone 4 : zone du canal carpien. Les lésions sont souvent
multiples et associées à une section du nerf médian. Même technique
que zone 3.
v Zone 5 : zone du poignet, lésions souvent multiples et associées
à des lésions vasculonerveuses. Protection par mise en flexion du
poignet un mois.
Concernant les lésions au niveau du pouce :
v Zone T1, équivalent de la zone 1
v Zone T2, équivalent de la zone 2
v Zone T3 est la zone thénarienne qui est d’abord et de réparation
difficile
v Zone T4 et T5 équivalent zone 4 et 5.
Les plaies partielles ne doivent jamais être négligées sous peine
de voir apparaître des complications :
v Ruptures secondaires dans les cas de lésions supérieures à
50%
v Adhérences
v Ressaut ou blocage dans les atteintes à l’entrée du canal
digital.
Ces lésions partielles doivent donc être réparées soit par un
surjet péritendineux, soit de façon conventionnelle en fonction de
l’importance de la section.
Les lésions associées sont réparées dans le même temps, elles
aggravent, cependant, le pronostic fonctionnel.
La prise en charge en rééducation en post-opératoire est
indispensable à la récupération fonctionnelle et à la diminution
des risques de complications. Cette rééducation fait appel aux
techniques de mobilisation protégée.
v Technique de Kleinert : mobilisation activo-passive
protégée
v Technique de Mantero-Brunelli : mobilisation active sans
résistance protégée par une suture appuyée sur la pulpe
v Technique de Duran : mobilisation passive protégée
v Mobilisation active sans résistance sous couvert de la flexion du
poignet.
v Immobilisation stricte chez l’enfant de moins de 7 à 8 ans, car
la mobilisation protégée nécessite la coopération du patient qui
est difficile avant cette âge.
IV. CAS PARTICULIER
DU JERSEY-FINGER
Cette lésion est peu fréquente, mais ne doit pas être méconnue.
Elle correspond à l’arrachement traumatique de l’insertion du FCP
de l’annulaire dans sa forme type. Elle est l’apanage
quasi-exclusif du rugbyman.
Les circonstances sont quasiment toujours identiques : suite à un
mauvais plaquage, l’adversaire continuant sa course, une
hyperextension intense de l’IPD se produit et l’insertion distale
du FCP cède brutalement. La violence de la traction entraîne un «
coup de fouet ».
Le diagnostic clinique est aisé si la lésion est vue tôt :
mécanisme type, douleur, impossibilité de flexion active de l’IPD.
Cependant, nombre de lésions sont vues tardivement, le diagnostic
est alors fait devant un « gros » doigt douloureux, raide et il
existe un manque de force en enroulement.
La radiographie est systématique à la recherche d’un fragment
osseux.
Les lésions anatomiques peuvent être de 3 types :
- Type 1 : le plus fréquent dans les lésions fraîches, l’extrémité
distale du tendon se situent au niveau du chiasma ou de P1, le
vincula long est intact.
- Type 2 : souvent constaté devant un diagnostic tardif.
L’extrémité se situent en amont du chiasme, le vincula long est
rompu et il existe un risque important de nécrose de la partie
distale du tendon.
- Type 3 : il existe un arrachement osseux volumineux, réalisant
une véritable fracture articulaire de P3.
Le traitement est fonction du type anatomique et de l’ancienneté de
la lésion. Il est chirurgicale dans tous les cas, sauf en cas de
diagnostic tardif et de lésion bien tolérée.
Les techniques font appel à la réinsertion trans-osseuse, à
l’arthrodèse ou la ténodèse de l’IPD, la synthèse d’une fracture
articulaire, à la greffe tendineuse.
V.
CONCLUSION
La chirurgie des fléchisseurs reste une chirurgie délicate, aux
résultats aléatoires, en particulier dans les lésions en zone 2. La
coopération du patient et la bonne prise en charge en rééducation
sont indispensable pour obtenir le meilleur résultat fonctionnel
possible.
LES LESIONS DE L’APPAREIL EXTENSEUR.
I.
INTRODUCTION
Les lésions de l’appareil extenseur ont trop souvent une fausse
réputation de bénignité, en particulier au niveau des doigts. Un
examen clinique trop sommaire peut laisser penser à son intégrité
et ce n’est que secondairement que les déformations des chaînes
digitales conduiront à un diagnostic tardif et entraîneront le
blessé dans une chirurgie secondaire difficile, aux résultats
aléatoires. En revanche un diagnostic précoce, une exploration
chirurgicale minutieuse permettent de réparer dans les meilleures
conditions l’appareil extenseur et autorisent une mobilisation
précoce protégée.
II. CARACTERISTIQUES
GENERALES
L’appareil extenseur présente une anatomie complexe, en particulier
au niveau digital.
L’appareil extenseur est composé d’éléments tendineux de structure
plane constituées de fibres transversales qui ancrent mal le
matériel de suture.
Il est moins puissant que l’appareil fléchisseur.
Il chemine sur la face dorsale convexe du poignet et de la main, en
situation superficielle, ce qui le rend vulnérable et provoque en
cas de traumatisme de nombreuses adhérences
cutanéeo-tendineuses.
Il ne possède ni vincula, ni gaine synoviale et il n’est nourrit
que par l’atmosphère cellulo-graisseuse dans lequel il
coulisse.
Sa course est faible et entraîne une grande sensibilité à
l’allongement et au raccourcissement.
Les lésions sont rarement isolées, les lésions osseuses ou les
pertes de substances cutanées associées sont fréquentes.
1.
Anatomie
L’insertion proximale des muscles extenseurs se situe soit au
niveau de l’épicondyle, soit au niveau de la face dorsale des os de
l’avant-bras. Le ligament annulaire dorsal du carpe fait office de
poulie de réflexion des tendons extenseurs au dos du poignet. Ce
ligament ménage six compartiments fibreux.
La structure de l’appareil extenseur devient plus complexe au
niveau de la main et surtout des doigts puisque la fonction
d’extension est alors assurée par la réunion des tendons des
extenseurs extrinsèques et des extenseurs intrinsèques représentés
par les interosseux et les lombricaux.
Sur le dos de la main les tendons de l’extenseur commun des doigts
sont reliés transversalement par les jonctions intertendineuses.
Ces bandelettes expliquent en partie le déficit inapparent au début
en cas de lésion proximale par rapport aux MP.
L’index et l’auriculaire possèdent chacun un extenseur propre (sur
le versant cubital au niveau de la MP).
Sur le dos des MP, l’extenseur est composé d’un tendon central
stabilisé parla dossière des interosseux.
Sur le dos de P1, la bande tendineuse se partage en trois
bandelettes : deux latérales qui cheminent de chaque côté pour se
rejoindre sur le dos de P2 par l’intermédiaire de la lame
triangulaire et venir s’insérer sur la base de P3 et une médiane
qui vient s’insérer sur la base de P2. leur stabilisation est
assurée par les ligaments rétinaculaires qui les relient à la
peau.
L’anatomie du pouce est plus simple. Il existe un muscle
extrinsèque inséré sur chacun de ses trois segments : LAP sur M1,
CEP sur P1 et LEP sur P2, ce muscle est stabilisé au niveau de la
MP par le court abducteur et l’adducteur.
2.
Physiologie
La fonction d’extension de l’extenseur commun n’est vraie que sur
la MP.
Les interosseux étendent IPP et IPD, et fléchissent la MP.
(intensité fonction flexion MP)
Les lombricaux étendent IPP et IPD, et initient la flexion de la
MP. (intensité indépendante flexion MP)
Les ligaments rétinaculaires provoquent une extension passive de
l’IPD lors de l’extension active de l’IPP.
3. Classification
topographique
8 zones pour les doigts longs et 6 zones pour le pouce
III. LESIONS DE
L’APPAREIL EXTENSEUR
1. Nature du traumatisme
Le bilan doit être précis et tenir compte du mécanisme du
traumatisme. Il convient, entre autre, de séparer les ruptures
sous-cutanées, des plaies et des traumatismes par écrasement, des
avulsions et des abrasions dorsales de la main. Dans ces cas, les
lésions ostéoarticulaires et cutanées sont toujours présentes.
Enfin les plaies septiques (en particulier les morsures) associant
fréquement plaie tendineuse et articulaire peuvent conduire à une
arthrite septique.
Les ruptures sous-cutanées concernent les zones 1 (mallet finger)
et 3 (boutonnière)des doigts longs et les zones 1 (mallet finger)
et 5 (changement d’orientation au Lister) du pouce.
Les traumatismes ouverts touchent surtout les zones articulaires
(72%)(zones 1,3,5) et atteignent préférentiellement le pouce et
l’index (55%).
Les zones articulaires sont le plus souvent secondaires à des
plaies franches, alors que les zones diaphysaires à des écrasements
avec des lésions osseuses et/ou cutanées fréquemment
associées.
Les lésions en zone 8 se rencontrent généralement au cours des
traumatismes graves de l’avant-bras.
2. Principe
chirurgical
Comme toute chirurgie tendineuse, la chirurgie des extenseurs doit
allier minutie, solidité, atraumatisme et asepsie.
Suture par points transfixiants, en cadre ou en « U » et surjet
antérieur. Parfois barb-wire ou pulvertaft.
3. Description par
zones
v Zone 1 ou T1 ou mallet finger
Chute spontanée de P3, déficit d’extension active.
Soit secondaire à une flexion forcée (rupture sous-cutanée), soit
lésion ouverte.
4 types anatomo-pathologique :
- rupture ou section
- désinsertion
- arrachement osseux
- décollement épiphysaire
conséquences en cas de lésions négligées :
- cal long
- déséquilibre des forces d’extension avec report des forces sur la
base de P2 et déformation en col de cygne
Mallet finger récent :
- immobilisation par attelle d’hyperextension deux mois.
- chirurgie (fixation d’un fragment osseux/suture
protégé/réinsertion protégée)
Mallet ancien :
- immobilisation par attelle d’hyperextension deux mois (si < 8
semaines).
- Chirurgie (fixation fragment
osseux/ténodermodèse/raccourcissement extenseur/greffe
tendineuse/arthrodèse IPD)
Col de cygne : traitement fonctionnel (anneau en huit de Beasley)
en 1° intention, si échec de la chirurgie.
v Lésions en zone 3 ou boutonnière
Déficit d’extension active de l’IPP et hyperextension de
l’IPD.
Soit lésions ouvertes, soit ruptures sous-cutanées au cours des
luxations palmaires de l’IPP, de flexion forcée de l’IPP, de choc
direct sur IPP fléchie ou de PR.
Conséquences : lésion lame triangulaire et luxation latérale des
deux bandelettes, saillie de la tête de P2 avec extension IPD et
flexion IPP.
Traitement :
- immobilisation IPP en extension (lésions fermées fraîches ou
souples)
- attelle dynamique pro-extension et mobilisation active et passive
(lésions fermées fraîches ou souples)
- suture tendineuse protégée (lésions ouvertes)
- arthroplastie, arthrodèse, ténotomies, plasties tendineuses
(échec TRT fonctionnel ou ortho)
v Lésions en zone 5 et T3
Lésions articulaires souvent associées.
Attention aux lésions isolées de la dossière qui entraînent une
luxation du tendon dans la vallée intermétacarpienne (rupture
sous-cutanée possible, «lésion du boxeur »).
Traitement chirurgical : suture directe et appareillage dynamique
pro-extension pour un mois. Suture directe de la dossière ou
plasties.
v Lésions en zone 2-4 et T2
Souvent mécanisme d’écrasement avec lésions osseuses et/ou pertes
de substances cutanées associées.
v Lésions en zone 6-7-8 et T4-T5-T6
Plaies exceptée rupture sous-cutanée possible du LEP au niveau du
tubercule de Lister.
Attention aux lésions en amont des juncta qui ne donnent pas
toujours de déficit d’extension au début (action des juncta et des
IO)
Traitement : suture protégée, plâtre en extension du poignet un
mois.
4. Complications du
traitement
v Orthopédique
- Cal long : déficit d’extension
- Adhérences : limitation des amplitudes
- Ruptures secondaires
v Chirurgicale
- Rupture secondaire
- Adhérences
- Nécrose cutanée (barb-wire)
- Infection sur broches d’arthroryse
- Raideur articulaire
- Effet ténodèse
IV.
CONCLUSION
Ce domaine de la traumatologie est exigeant sur le plan de
l’appareillage et de la rééducation, mais il impose également au
chirurgien une parfaite maîtrise des techniques de réparation.
Ceci, afin d’espérer une récupération fonctionnelle complète.