Avertissement : les informations disponibles sur ce site sont destinées aux patients, afin de leur permettre de mieux comprendre leur pathologie. Dans la mesure du possible, les termes techniques ont été évités afin de rendre ces explications accessibles au plus grand nombre. Les textes que vous pourrez consulter ici n'ont pas la prétention d'être des données scientifiques et utilisables comme telles.


Les ruptures de la coiffe des rotateurs
 
Introduction :

La coiffe des rotateurs est constituée de plusieurs tendons qui viennent coiffer, donc recouvrir la tête de l'humérus. Un tendon est à la jonction entre un muscle d'un coté et un os qu'il va mettre en mouvement de l'autre coté. On peut le comparer à un câble ou un cordage qui transmet le mouvement du moteur, le muscle.

tendon muscle
action tendon muscle


Dans le cas de la coiffe des rotateurs, nous avons 3 moteurs ou muscles principaux : le sous scapulaire, le supra épineux et l'infra épineux. Et 2 moteurs moins importants, le long biceps et le petit rond.
La coiffe des rotateurs abaisse et recentre la tête humérale alors que le puissant muscle deltoïde fait monter la tête humérale lors des mouvements du bras.



action deltoide



 Au départ, les deux systèmes sont en équilibre, mais dans un grand nombre de cas, le deltoïde va progressivement l'emporter sur la coiffe des rotateurs, entraînant un conflit sous acromial.


conflit sous acromial


Lorsque cette usure est enclenchée, elle va malheureusement avoir tendance à s'aggraver. Parfois cette usure se fait de façon invisible jusqu'à ce qu'un petit traumatisme entraîne une rupture du tendon. C'est le même mécanisme que celui de la déchirure d'une genouillère de pantalon lors d'un petit mouvement de flexion du genou alors que la genouillère paraissait normale jusque là.
Ce
conflit sous acromial va entraîner une bursite sous acromiale puis une inflammation du tendon (tendinite) puis une rupture d'un ou plusieurs tendons puis une rétraction du tendon et enfin une fonte musculaire.



rupture tendon



Il existe d’autres causes anatomiques, physiologiques, vasculaires à ces ruptures de coiffe ; nous n’entrerons pas dans les détails.
 

Où se situe la douleur ?

 
Il existe schématiquement 2 tableaux de rupture de la coiffe des rotateurs :
 
- La rupture progressive de la coiffe des rotateurs de l'épaule : vous présentez une douleur ancienne de l'épaule a laquelle vous vous êtes presque habitué. Vous prenez des médicaments contre la douleur de plus en plus forts. Ces douleurs commencent à vous empêcher de dormir, vous réveillent à chaque changement de position; A l'extrême, vous devez parfois utiliser l'autre bras pour déplacer votre bras douloureux.

- La rupture traumatique de la coiffe des rotateurs de l'épaule :
Elle survient sur une coiffe souvent déjà usée.
Le traumatisme peut être violent comme une luxation de l'épaule mais parfois minime comme une traction sur le bras pour éviter une chute. Cela dépend de l'état antérieur de la coiffe.

A la suite de ce choc s'installent des douleurs et parfois une difficulté pour se servir du bras.

Un signe caractéristique de rupture de la coiffe des rotateurs est la douleur qui augmente la nuit.

 
Que faire ? Comment être sûr que vous avez une rupture de la coiffe des rotateurs ?

Lors de l'examen clinique de votre épaule, votre médecin ou votre chirurgien va vous faire réaliser quelques exercices qui lui permettront d'avoir déjà une idée assez précise de l'état de vos tendons.

En cas de suspicion de rupture, il vous prescrira
l'examen d'imagerie adapté :

- Radiographies (indispensables car elles permettent d'évaluer une arthrose associée)lien
La radiographie ne montre que les os (structures radio-opaques); les tendons, les ligaments, les muscles, le cartilage ne sont pas visibles sur une radiographie.


radio eapule face



- Echographie : c'est un examen utilisant les ultrasons, totalement indolore, mais manquant parfois de précision.
- Arthroscanner : Examen précis et fiable. Il permet de détecter les ruptures de la coiffe, de préciser le degré de rétraction des tendons, la vitalité des muscles, l'état du cartilage(arthrose ?). Le radiologue vous injectera un liquide dans l'articulation de l'épaule avant de vous faire passer un scanner. Seule limite, cet examen donne le maximum d'informations si les tendons sont déjà rompus.
- IRM ( Imagerie par Résonance Magnétique):
Permet d'évaluer l'état des tendons même s'ils ne sont pas rompus ( bursite sous acromiale, tendinite).

IRM epaule

irm annotée



 
Les traitements possibles :

 
Bursite sous acromiale ou tendinite : les tendons ne sont pas rompus.

 
Le traitement sera d'abord médical :

 
- cachets pour traiter la douleur et l'inflammation
 
- Kinésithérapie : massages manuels, traitement de la douleur par le froid (cryothérapie), la chaleur, les ultrasons et surtout renforcement de certains muscles pour abaisser la tête humérale et diminuer le conflit sous acromial et donc la bursite ou la tendinite. Ces muscles (muscle grand rond, muscle grand dorsal, faisceau inférieur du grand pectoral) sont peu développés habituellement. Leur renforcement est un travail de longue haleine mais facile à réaliser par vous-même. Votre kinésithérapeute ou votre chirurgien vous montrera des exercices a réaliser plusieurs fois par jour pendant quelques minutes.
Cela vous permettra, au bout de quelques mois, de retrouver une épaule indolore.
Une rééducation par multiples séances de courte dure est en effet très efficace et évite l'inflammation et les douleurs provoquées par un travail répétitif en force contre poids, ressorts, tendeurs...
 
- Les infiltrations : c'est une injection d'anti-inflammatoires puissants (des corticoïdes) dans la bourse sous acromiale. C'est un excellent traitement a condition de respecter certaines règles : 


s'assurer qu'il n'existe pas de rupture de la coiffe : les infiltrations, dans ce cas, ne font que masquer la douleur et laissent la rupture s'aggraver. De plus, la rupture sera plus difficile a réparer.

Débuter une a deux semaines après l'infiltration (celle ci peut entraîner de douleurs pendant 2 a 3 jours) une rééducation sérieuse et a long terme.

Ne pas les répéter en cas de réapparition des douleurs.
 
- L'intervention chirurgicale : Elle sera décidée en cas de persistance de douleurs malgré le traitement médical décrit plus haut.

L'intervention est réalisée au bloc opératoire, sous anesthésie générale souvent associée a une anesthésie locale de la région de l'épaule.
L’opération est réalisable sous anesthésie locale mais peu confortable pour le patient. Cest pourquoi nous préférons vous proposer une anesthésie générale.
Vous devez rencontrer un anesthésiste avant l'intervention.

L'hospitalisation dure 2 a 3 jours. Vous entrerez en général à la clinique la veille de l’opération. Avant de descendre au bloc opératoire, il vous sera demandé de prendre une douche à la bétadine, cheveux compris ; il faudra également insister sur le lavage de l’aisselle du côté opéré.

Lorsque vous descendrez au bloc, c’est d’abord l’équipe d’anesthésie qui s’occupera de vous. Souvent, le médecin anesthésiste commencera par endormir localement l’épaule et laissera parfois en place un petit tuyau (catheter). Ceci vous permet d’avoir une anesthésie générale beaucoup plus légère et de ne pas avoir mal au réveil, ni dans la phase post-opératoire puisque l’épaule est toujours endormie.

Vous serez ensuite conduit dans la salle d’opération où la température assez basse risque de vous surprendre. C’est l’un des nombreux moyens mis en œuvre pour lutter contre le développement des microbes.


L'intervention se déroule le plus souvent sous arthroscopie : le chirurgien introduit des instruments par des petites incisions a travers la peau et les muscles et opère sur un écran type télévision.


insatllation epaulearthroscopie epaulearthroscopie 2 epaule






Dans ce cas, il va d‘abord nettoyer l'espace sous acromial puis réaliser à l'aide d'une fraise motorisée une
acromioplastie. Ce geste permet de lisser la face inférieure de l'acromion et de redonner plus de place aux tendons.

Des le lendemain de l'opération, vous commencerez à bouger doucement l'épaule opérée en vous aidant de l'autre bras. Vous sortirez de la clinique avec une simple écharpe immobilisant le membre supérieur opéré. Cette écharpe pourra être retirée pour la toilette et tous les petits gestes de la vie quotidienne. Vous réaliserez au moins 3 fois par jour, couché sur votre lit, des exercices de mobilisation du membre opéré en vous aidant du bras valide. Vous devrez chercher à récupérer, doucement et progressivement, une mobilité complète de l'épaule opérée.

A la consultation de contrôle, après 1 mois environ, le chirurgien vous examinera et jugera de la possibilité de reprendre le travail, de la nécessite d'être pris en charge par un kinésithérapeute, de poursuivre les médicaments antalgiques...


 
- Ruptures vraies des tendons de la coiffe :

Là aussi le traitement sera d'abord médical : Antalgiques (cachets contre la douleur), anti-inflammatoires (cachets contre l'inflammation), rééducation chez le kinésithérapeute pour lutter contre la douleur, l'enraidissement de l'épaule et travailler les abaisseurs accessoires comme vu plus haut.
Certains patients récupèrent en quelques semaines une épaule souple et indolore et peuvent ainsi éviter une opération.

Il faut en effet bien comprendre qu'un patient présentant une rupture de la coiffe des rotateurs sur les examens d'imagerie ne doit pas obligatoirement être opéré.

Le chirurgien décide d'une intervention en fonction de multiples facteurs dont : l‘intensité des douleurs, la limitation des mouvements, les résultats des examens d'imagerie, votre avis, votre age, votre état de santé, vos occupations habituelles... 
 
En cas de douleurs importantes, en particulier nocturnes et nécessitent la prise d‘antalgiques, gênant les mouvements, gâchant la vie, ne s‘améliorant pas avec le traitement médical, il est par contre préférable de ne pas trop attendre. Le tendon rompu va progressivement se rétracter, la force du muscle va diminuer, l‘intervention sera plus difficile, les suites plus compliquées.

L‘intervention chirurgicale :

Elle se déroule sous anesthésie générale et est suivie d'une hospitalisation de 3 a 4 jours. Votre admission à la clinique se déroule de la même façon que décrit plus haut.
Une prise en charge en centre de rééducation pourra suivre cette hospitalisation afin de débuter une rééducation précoce en balnéothérapie. L'intérêt est de limiter l'enraidissement de l'épaule. L‘intervention se déroule sous arthroscopie ou a ciel ouvert.

Elle compte plusieurs temps successifs :

- Nettoyage de l‘espace sous acromial

- Préparation des extrémités des tendons rompus.

- Souvent, section du tendon du long biceps. Cela peut inquiéter mais il faut savoir que c‘est un tendon peu important pour la fonction de l‘épaule. Il est par contre responsable de douleurs importantes lorsqu‘il  est abîmé et instable dans sa gouttière. Le chirurgien peut le rattacher un peu plus bas (ténodèse)  ou le laisser libre. Dans ce dernier cas, le biceps peut former une boule en bas du bras, peu esthétique mais ne gênant pas la fonction.

- Abrasion de la zone de la tête de l’humerus où vont être ramenés les tendons afin de favoriser le “collage” de ces tendons sur l’os.

- Mise en place d’ancres ou harpons dans la tête de l’humerus. Ces implants à forte résistance sont solidaires de fils qui seront passés à travers les tendons, en zone saine, afin de les réinsérer en bonne place sur la tête de l’humérus.



ancremise en place ancrereinsertion coiffe

- Parfois une deuxième rangée d’ancres permet d’augmenter la résistance de la réinsertion.
- Contrôle final et suture de la peau.
 
Dès la salle de réveil, un coussin est mis en place sous le bras opéré. Ce coussin permet de détendre la traction sur les fils de suture. Il devra être gardé 4 à 6 semaines puis retiré progressivement.


epaule post op



L’épaule opérée n’est pas immobilisée ; au contraire, dès le lendemain de l’opération , un kinésithérapeute commencera à la faire bouger afin d’éviter un enraidissement.

C’est un élément crucial de la rééducation à bien comprendre :
L’épaule doit bouger pour ne pas s’enraidir mais les muscles de la coiffe ne doivent pas se contracter car ils risqueraient de tirer sur les sutures fraichement réalisées et de les rompre. On parle donc de MOBILISATION PASSIVE par opposition à la mobilisation active, lorsque ce sont les propres muscles du bras qui le font bouger.

Votre épaule opérée doit être « comme morte » ; elle sera mobilisée :

- soit par le kinésithérapeute

- soit par le bras non opéré qui va venir chercher la main côté opéré et la soulever comme une grue.



- soit par la poussée de l’eau si vous allez dans une piscine.(balnéothérapie) 
Et cela pendant 6 semaines.

Les petits mouvements actifs de la vie quotidienne seront réalisés à partir de la 6 ème semaine post-opératoire.
La conduite automobile, sur de petits trajets est possible entre le 2
ème et le 3ème mois post-opératoire.

Aucun travail de musculation ne sera réalisé, sauf pour les muscles abaisseurs accessoires (grand rond, grand dorsal) comme évoqué plus haut. (chapitre kinésithérapie dans le cadre d’une bursite ou tendinite sans rupture)
La reprise du travail entre le 4
ème et le 6ème mois post-opératoire suivant le métier.
La cicatrisation de l’interface tendon-os nécessite 6 mois.


Votre épaule ne sera jamais « l’épaule de vos vingt ans ».

La chirurgie permettra :

- souvent de supprimer les douleurs, en particulier les douleurs nocturnes.
- parfois de récupérer des mouvements complets de l’épaule.
- rarement de retrouver la force, en particulier la force au dessus de la tête.

Si vous avez un travail manuel lourd (chaudronnier, maçon, bucheron…), il est probable que la reprise du travail sur un poste identique sera difficile ; une reconversion, un reclassement professionnel un travail sur poste aménagé est à discuter avec votre médecin du travail et votre employeur avant même l’opération.

Les complications :

- L’infection : c’est un risque lié à toute intervention chirurgicale. Ce risque est diminué en chirurgie arthroscopique en raison de la petite taille des voies d’abord et du lavage permanent de l’articulation par un flux de serum physiologique.

- La rupture secondaire : elle peut survenir dans les semaines, les mois ou les années suivant l’intervention ; Les tendons étant déjà abimés, ils ont du mal à « coller » sur l’os. Les ruptures secondaires sont rarement réopérées car une fois de plus on se basera plus sur ce que vous ressentez : douleurs, gêne importante dans la vie quotidienne que sur les examens d’imagerie.

- L’enraidissement de l’épaule : L’enraidissement touche presque toutes les épaules malades, opérées ou non. Il est assez fréquent dans les suites d’une telle intervention, même si vous allez en centre de rééducation mais disparaît dans les mois qui suivent. Il faut en général compter un an avant d’avoir une épaule opérée aussi souple que l’autre épaule.


Quelques répères :

Temps d’hospitalisation : moins d’une semaine
Durée d’intervention : 2 h à 2h30
Temps passé au bloc opératoire, y compris pré anesthésie et salle de réveil : 5 à 6 heures
Centre de rééducation : 3 semaines
Mobilisation passive : 6 semaines
Petits mouvements actifs de la vie quotidienne réalisés à partir de la 6 ème semaine post-opératoire.
Conduite automobile, sur de petits trajets possible entre le 2
ème et le 3ème mois post-opératoire.
Aucun travail de musculation ne sera réalisé, sauf pour les muscles abaisseurs accessoires (grand rond, grand dorsal) comme évoqué plus haut. (chapitre kinésithérapie dans le cadre d’une bursite ou tendinite sans rupture)
Reprise du travail entre le 4ème et le 6ème mois post-opératoire suivant le métier.
Cicatrisation de l’interface tendon-os : 6 mois.
Epaule souple comme du côté sain, dormir sur l’épaule opérée, « oublier » cette épaule : 1 an

Si vous envisagez une intervention,
arrêtez de fumer ; vous supporterez mieux l’anesthésie, la cicatrisation du tendon sur l’os sera améliorée.

N’hésitez pas à imprimer cette page, soulignez les passages que vous ne comprenez pas et discutez en avec votre chirurgien lors de la consultation.


Les centres de rééducation :

- Domaine de St ALBAN à Saint Alban Leysse


- Centre Gustave Zander à Aix les Bains
http://www.centrezander.fr/
- Centre de rééducation de l’Echaillon à Saint Jean de Maurienne

Hors-département :

- Centre de rééducation de hauteville (01)
http://www.chph.org/reeducation-pole1.asp- Centre de rééducation de Rocheplane (38)

- Centre de rééducation de Sancellemoz (74)
http://www.sancellemoz.fr/orthopedie.htm


Fiche rédigée ( Schémas et Texte ) par le Dr Philippe de MOURGUES